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Ryan : Oh! Quelles sont ces créatures bizarres. Quelqu'un a dû appuyer sur un bouton par erreur et nous expédier sur une autre planète!
Morgan : Où suis-je?
Inukshuk : Regardez de plus près, mes amis. Voici de fascinantes formes de vie: ce sont des petits organismes qui ne sont ni plantes ni animaux et que l'on appelle diatomées. Leur coquille vitreuse laisse pénétrer les rayons du soleil jusqu'à leur corps, où la chlorophylle transforme cette énergie solaire en énergie alimentaire. Des millions et des millions de diatomées peuplent les eaux de notre planète, des rivières équatoriales aux lacs arctiques.
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Ryan : Comment se fait-il que nous ne puissions les voir?
Inukshuk : Parce que cette merveilleuse et complexe mécanique est entièrement contenue dans une seule cellule et que 50 de ces cellules peuvent tenir sur la tête d'une épingle.
Morgan & Ryan : Elles sont vraiment minuscules!
Inukshuk : Minuscules mais pas négligeables pour autant. Sans elles, beaucoup de créatures situées à des échelons plus élevés de la chaîne alimentaire mourraient de faim. En effet, les diatomées produisent près du quart de l'énergie alimentaire du monde.
Morgan : Voulez-vous dire que nous ne pourrions pas pêcher de poissons ou chasser des phoques si ces petites bêtes étranges n'existaient pas?
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Inukshuk : Disons simplement que, sans elles, tu rentrerais souvent bredouille de tes expéditions. Les diatomées sont pour ainsi dire invisibles, mais elles ont une valeur inestimable sur le plan biologique. Et ce n'est pas tout. Elles sont précieuses pour les scientifiques, car elles jouent le rôle de véritables messagers microscopiques qui retracent l'histoire du climat sur des centaines, voire des milliers d'années.
Ryan : Tu parles de ces... comment les appeles-tu déjà?
Inukshuk : Des diatomées.
Ryan : Oh oui! Ces diatomées sont vieilles de plusieurs milliers d'années?
Inukshuk : En réalité, elles ne vivent pas longtemps du tout. C'est plutôt leur coquille qui recèle les renseignements. Ces créatures sont contenues dans un genre d'écrin de cristal à deux valves. Chaque espèce de diatomées, et il en existe des centaines, possède son propre patron de décoration formé de petits trous d'épingle et...
Morgan : Attends un peu! Tu veux dire que tous ces lacs autour de chez moi sont remplis de coquilles de diatomées!
Inukshuk : Il n'y a pas lieu de s'inquiéter, tu sais. Leurs coquilles tombent au fond du lac et sont ensevelies sous les sédiments. Elles se conservent merveilleusement bien, surtout dans les lacs de l'Arctique, où elles finissent par former des couches épaisses. Les variations de température de l'eau et les conditions de la glace peuvent déterminer en grande partie le genre de diatomées qui se trouvent dans les diverses couches. C'est pourquoi elles nous fournissent de précieux renseignements sur les climats anciens.
Ryan : Je comprends. Certaines diatomées se plaisent dans la chaleur, d'autres préfèrent le froid.
Inukshuk : Exactement. À mesure que le climat change, les types et le nombre de diatomées varient. En prenant un échantillon de diatomées du fond d'un lac, les scientifiques peuvent lire l'histoire des climats anciens comme dans un livre.
Morgan : Cela doit être un livre difficile à lire avec toute cette boue!
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Inukshuk : Le truc consiste à obtenir une carotte de sédiments, puis à...
Morgan : Une carotte de boue! Très peu appétissant.
Ryan : En effet, je préfère les carottes de mon jardin!
Inukshuk : Mais non, vous allez voir : Imaginez que vous faites un forage pour trouver du pétrole. Vous enfoncez un long tuyau d'acier profondément dans le fond du lac; puis vous retirez un cylindre de sédiments remplis de diatomées; voilà, vous venez d'obtenir ce qu'on appelle une carotte de sondage! Coupez-la en tranches, retirez le plus de boue possible et le tour est joué: les diatomées sont prêtes à être analysées au microscope.
Ryan : Cela doit demander énormément de travail. Vous avez dit qu'il existait des centaines de types de diatomées. Combien les scientifiques en ont-ils recensé dans les lacs du Nord?
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Inukshuk : Voyons. Prenons par exemple le lac DV09, une zone d'échantillonnage qu'affectionnent les chercheurs. Ils ont identifié 52 espèces dans ce seul lac
Morgan : Le lac DV09? Où peut-il bien se trouver?
Inukshuk : Sur l'île Devon. Ce sont les scientifiques qui lui ont donné ce nom-là. Je crois d'ailleurs avoir vu ta famille chasser le phoque là-haut?
Morgan : Attendez. Cet endroit me rappelle quelque chose. Mais oui, c'est Tasiq Ingiusilik!
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Ryan : Hein? Qu'est-ce que ça veut dire?
Morgan : Cela veut dire le lac qui chante. C'est parce qu'on peut entendre les roches chanter quand le vent souffle.
Ryan : Sans blague?
Inukshuk : Il dit vrai, je l'ai entendu de mes propres oreilles.
Morgan : Nous aussi avons donné un nom à tous les lacs, toutes les collines, tous les ruisseaux que nous fréquentons.
Ryan : Dites-nous, Monsieur Inukshuk, quel genre d'histoire peuvent bien nous raconter ces 50 espèces de diatomées, un drame policier, un roman d'aventure ou peut-être une histoire d'amour?
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Inukshuk : C'est plutôt 52 espèces, et peut-être le double si les scientifiques avaient dénombré toutes les espèces. Quelle histoire? Je dirais qu'il s'agit d'une enquête policière. En tentant de découvrir l'identité des diatomées se trouvant dans chacune des couches de sédiments, puis en évaluant leur nombre, les scientifiques ont pu répondre à la question suivante : « Est-ce que le climat est plus chaud aujourd'hui qu'il y a presque deux siècles? »
Ryan : Et alors? Qu'ont-ils répondu?
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Inukshuk : Une tranche de sédiments datés de 1812 environ contient un faible nombre de diatomées et très peu d'espèces. Une autre tranche qui date de 1917, soit un peu plus d'un siècle plus tard, recèle des centaines de diatomées et une plus grande variété d'espèces. Enfin, une tranche de 1994, donc exactement 77 ans plus tard, renferme une grande diversité de diatomées, qui se comptent, non pas en centaines, ni même en milliers, mais en centaines de milliers. Plus de chaleur, donc moins de glace, donc plus de soleil et plus de diatomées
Ryan : Donc ce calcul de diatomées nous indiquerait un réchauffement?
Inukshuk : Oui, et très rapidement d'ailleurs. Dans tous les sites d'échantillonnage de l'Arctique, nous recueillons la même histoire : d'une façon générale, notre climat s'est réchauffé au cours des deux derniers siècles à un rythme exceptionnel.
Morgan : Ceci va beaucoup intéresser tous les anciens de ma communauté. Ils ne cessent de nous répéter la même histoire depuis des années. Peut-être aimeraient-ils comparer leurs observations avec les révélations de ces messagers microscopiques!
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Sources d'images :
- Paul Hamilton, Musée canadien de la nature (MCN)
- Paul Hamilton, Musée canadien de la nature (MCN)
- Paul Hamilton, Musée canadien de la nature (MCN)
- Isosceles Information Solutions Inc.
- Paul Hamilton, Musée canadien de la nature (MCN)
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