Pteranodon longiceps
Une histoire fascinante - 2e partie
Un mélange d'art et de science

Le motif sur le dos de chaque Pteranodon longiceps souligne leur nature reptilienne |
La reconstruction d'une créature depuis longtemps disparue repose bien sûr sur les observations scientifiques déjà faites à son sujet. Mais ces connaissances demeurent parfois limitées. Même si nous pouvons nous inspirer de squelettes articulés et en bon état, ainsi que de quelques empreintes fossilisées d'ailes déployées d'autres espèces de ptérosaures, toutes les questions au sujet du Pteranodon n'ont pas encore été résolues.
Par exemple, où la partie antérieure de l'aile était-elle rattachée au corps? À la hanche, au genou, à la cheville? La membrane des ailes était-elle renforcée par des fibres? La peau du Pteranodons longiceps était-elle nue ou recouverte de fourrure ou d'un plumage quelconque? Ses pattes étaient-elles palmées? Son bec était-il pourvu d'une poche, comme celui du pélican? De quelle couleur étaient les mâles et les femelles?
Il y a probablement autant de réponses à ces questions, et à bien d'autres interrogations, qu'il y a de spécialistes. La science évolue, c'est-à-dire qu'elle trouve des réponses, en formulant des hypothèses étayées par des faits, qu'elle met ensuite à l'épreuve. D'autres éléments de preuves, parfois contradictoires, et d'autres idées sont alors présentés et examinés. Avec le temps, la plupart des scientifiques conviennent de ce qui semble être l'explication la plus plausible. Pour l'instant, il n'y a pas encore de consensus au sujet du Pteranodon, mais la reconstitution d'une créature depuis longtemps disparue nécessite que l'on prenne certains risques et décisions fondés sur les meilleurs renseignements dont on dispose.
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Un peu de peinture acrylique sur la peau légèrement texturée et la sculpture commence à prendre vie. |
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Par exemple, dans le cas de notre Pteranodon longiceps, les scientifiques ont décidé de rattacher les ailes aux genoux et de les texturer de façon à suggérer une membrane toilée. La tête et le corps ont eux aussi été texturés, mais de façon plus prononcée que les ailes. Les pattes de notre Pteranodon ne sont pas palmées, puisque nous doutons qu'il ait passé beaucoup de temps dans l'eau ou qu'il ait eu besoin d'une poussée supplémentaire au moment de prendre son envol.
Nous n'avons que suggéré une poche sous le bec, estimant que quelque chose de plus grand aurait nui à l'aérodynamisme de sa posture en vol. Nous présumons que son bec osseux était recouvert d'une membrane de kératine durcie, comme celui des oiseaux et des tortues. Il est rare, et même très rare, de retrouver cette membrane de corne. Nous avons cependant ajouté cette caractéristique à notre sculpture, et recourbé l'extrémité de la mandibule supérieure pour aider notre créature à retenir des poissons visqueux dans son bec. Le bec du Pteranodon était-il vraiment recourbé? Nous l'ignorons. |

L'artiste Jean-Guy Auger montre le poisson préhistorique, Enchodus sp., qui sera installé dans la bouche du Pteranodon vigilant. |
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Il est rare que les fossiles conservent leur couleur, en particulier les tissus mous. Il faut donc se livrer, dans une certaine mesure, au jeu des devinettes. Pour en arriver à une palette de couleurs réaliste, nous avons examiné les descendants modernes du ptérosaure, c'est-à-dire les grands oiseaux de mer planeurs, comme l'albatros et le shearwater.
Nous avons choisi des couleurs ventrales pâles, grâce auxquelles il se fondait dans le ciel pour que les poissons regardant vers le haut ne puissent pas le voir, et des couleurs dorsales sombres, toujours par souci de camouflage, qui lui permettaient de se fondre dans la mer crayeuse turquoise du crétacé pour qu'il se fasse moins remarquer par ses rivaux. |
Nous avons quelque peu laissé aller notre imagination pour ce qui est des couleurs de la tête et de la crête. Nous nous sommes inspirés de celles qu'on retrouve chez certains oiseaux mâles aux couleurs très vives, comme le grand héron bleu, et avons choisi un motif bigarré pour le corps, qui témoigne de la nature reptilienne du Pteranodon. Les détails de la couleur, les subtilités du corps, la posture et les yeux d'un grand réalisme rendent hommage aux talents artistiques des sculpteurs et des concepteurs de l'exposition.
Le poisson que l'un des Pteranodons longiceps tient dans son bec est une reproduction d'un Enchodus. Ce prédateur marin était commun au crétacé supérieur et on retrouve des os fossilisés d'Enchodus partout dans le monde. À ce qu'on sache, il s'agit de la première reconstitution complète de cette créature. Les proportions générales du corps et les détails des dents et des écailles sont conformes à ceux des fossiles découverts en Israël, au Liban, au Kansas et en Saskatchewan. Pour ce qui est des couleurs, nous nous sommes inspirés de celles des grands prédateurs et puissants nageurs des mers tempérées, comme le barracuda, la bonite, le maquereau et le saumon.
Le comportement du ptérosaure soulève lui aussi bien des questions. Préférait-il planer à la surface de l'eau pour « attraper » les poissons au passage, ou plongeait-il à la manière du pélican? S'il se posait à la surface de l'eau, pouvait-il reprendre son envol? Le Pteranodon ramenait-il ses ailes sous lui en se déplaçant assez habilement sur la terre ferme, ou devait-il les déployer pour conserver son équilibre en se dandinant maladroitement? Heureusement, les Pteranodons longiceps de notre tableau sont déjà en vol plané, et l'un porte un poisson dans son bec, ce qui nous évite d'avoir à répondre à toutes ces questions! |

Ce fossile de la tête et des mâchoires d'un Enchodus montre clairement quelques-unes des dents acérées de cette créature. Une de ses mâchoires s'est retournée. Catalogue : MCN41107 |
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